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Cote d'Ivoire et Présidences...

Félix Houphouët Boigny : Père de de la nation

13 Septembre 2006 , Rédigé par Bamba Athanaz Publié dans #Leaders politiques ivoiriens

Fondateur de la République de Côte d'Ivoire
 
Né à Yamoussoukro d'une famille de chefs baoulés le 18 octobre 1905, il fut directement admis au Groupe central de Bingerville en 1915 ; converti au catholicisme, il prit le prénom de Félix. Il fut fonctionnaire (médecin) à Abidjan à partir de 1925. A cette époque, la Côte d’Ivoire expérimentait encore les années difficiles de la domination coloniale. Il fut ensuite affecté à Guiglo, Abengourou, Dimbokro, Toumodi. Parallèlement aux planteurs européens, la culture du café une classe de petits planteurs autochtones apparaît. Félix Houphouët-Boigny, compris dans le rang de ces petits planteurs, dès 1932, prend la tête de la contestation contre l’accaparement des terres par les grands propriétaires coloniaux et contre la politique économique qui pénalise les petits planteurs autochtones. Il abandonna sa carrière de médecin pour prendre la succession de son frère défunt sur le trône Akoué en 1939. Ainsi, il devint le chef d’un canton de 36 villages et dirigea une plantation prospère de café et de cacao.
 
Contre le système colonial qui pressait les intérêts des autochtones dans un étau, les paysans avaient à lutter sans relâche contre le travail obligatoire (travail forcé), la baisse des prix de leurs produits, la surenchère des outils de travail (à la faveur des exploitants européens), la rarescence des ouvriers causée par le recrutement forcé qui détournait la main-d’œuvre, la dure cohabitation entre planteurs européens et autochtones. Mais à la fin de année 1943, le gouverneur Latrille s’installa et se montra favorable à l’émancipation des Noirs. Avec son accord, Houphouët-Boigny et ses amis fondèrent en 1944, le Syndicat agricole africain (SAA). Après seulement une année d’activité, le SAA avait des correspondant dans toutes les régions productrices de café et de cacao de Côte d’Ivoire. Le syndicat était en mesure de recruter des ouvriers agricoles (chiffrés à plus de 5000 individus) avec un salaire trois fois supérieur à celui payé par les planteurs européens. Le SAA vendait directement ses produits à des grossistes et achetait directement ses outils en France à meilleur prix. Pour jouer dans l’arène politique afin de mieux défendre les intérêts des planteurs Noirs de Côte d’Ivoire, ce syndicat donna naissance au Parti démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI) le 30 avril 1946.
 
Son engagement à lutter pour la Côte d’Ivoire et la détermination des activistes autres pays suscitèrent la création du Rassemblement démocratique africain (RDA). Le RDA rassembla des mouvements politiques de différents pays africains. Pour défendre les intérêts des peuples africains dans leur lutte d’émancipation, Houphouët-Boigny lança en septembre 1946 l’idée d’un grand rassemblement de toutes les organisations de l’Afrique noire.
 
Le Rassemblement historique
 
En réaction à cet appel historique, 800 délégués des territoires d’AOF et d’AEF (Afrique Equatoriale Française) arrivèrent à Bamako. Le 18 octobre 1946, le premier Congrès du RDA s’ouvrait devant 15 000 personnes. En Côte d’Ivoire, le PDCI devint une section. C’est par cette voie que le PDCI adhéra au RDA. En Guinée Conakry, le PDG (Parti démocratique de Guinée) devint aussi une section du RDA… Les différentes sections du RDA créées dans les colonies de l’Afrique-Occidentale française (AOF) mènent la lutte pour l’indépendance.
 
La France meurtrie à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale se réorganisa. Elle demanda aux colonies d’élire des représentants (députés) qui siégeraient à l’Assemblée nationale française. En Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, en tant que président du SAA, avait le meilleur profil pour être le porte-parole commun de ses compatriotes. Les colons avaient déjà pressenti le danger que représentait le RDA pour eux. Alors, ils lancèrent une campagne de calomnie et de dénigrement contre le RDA. Pour dissoudre le RDA, ils procédèrent à l’emprisonnement de ses dirigeants, présentèrent le RDA comme un parti qui veut chasser la France hors de ses colonies. Ils faisaient courir de fausses rumeurs : la date du 24 décembre 1946 choisie par le PDCI pour une tuerie générale des blancs. Houphouët-Boigny fit une mise au point immédiate mais les fausses informations avaient déjà atteint la France. Le successeur du gouverneur Latrille, Laurent Pechoux étant hostile à la cause des Noirs, essaya de faire un candidat favorable aux colons européens. Malgré toutes ces embûches, le scrutin de 1946 désigna Houphouët-Boigny député.
 
Après les élections de 1946, d’importants membres du RDA siégèrent dans les Assemblées françaises. Ce qui leur donna la grande opportunité de lutter pour l’émancipation politique de l’Afrique et les droits de l’Homme africain. Félix Houphouët-Boigny siégea comme membre des deux Assemblées constituantes françaises en 1945 et 1946. L’année 1946 fut une année déterminante pour Houphouët-Boigny. Il qui lutta pour l’abolition du travail forcé dans les territoires d’outre-mer (la Côte d’Ivoire accéda à ce statut la même année), pour la loi du 11 avril 1946 (appelée aussi Loi Félix Houphouët-Boigny).
 
Le Retour de la répression coloniale 
Laurent Pechoux, nouveau gouverneur, s’installe à Abidjan en novembre 1948 avec pour mission de « reprendre en main la colonie » et de casser le RDA. Des événements majeurs se succédèrent, tels : des actes de répressions, le truquage des bulletins de vote, des emprisonnement abusifs, des incidents dans les villes de Dimbokro, Bouaflé, Séguéla ; l’arrestation pendant la manifestation du 05 février 1949 à Treichville de trente deux membres dont plusieurs leaders du parti (Lamad Camara, Paraizo Albert, Sery Koré, Vieyra Phillipe, Mathieu Ekra, Bernard Dadié, Jean Baptiste Mockey, Jacob William…) et leur emprisonnement à Bassam. Les femmes organisèrent une marche quelques mois plus tard sur Bassam. La reprise en main de la colonie se durcit avec ces autres événements: la violente opposition du PDCI-RDA à l’Administration française en 1949 par le soutien des mouvements de grève suscités par la chute des cours du cacao ; la fusillade de Dimbokro le 30 janvier 1950 avec pour bilan 13 jeunes gens tués et de nombreux blessés ; l’assassinat du Sénateur Biaka Boda à Bouaflé.
 
Face à toutes ces menaces de répressions sanglantes, Houphouët-Boigny choisit l’arme de la non violence par les manifestations de masse. En 1951, il adopte une stratégie de coopération avec le gouvernement français, et le PDCI-RDA s’apparente au Parti communiste français puis rallie l'Union démocratique et socialiste de la résistance (UDSR) présidée par François Mitterrand, ministre de la France d’outre-mer. L’opposition de l’administration coloniale persista jusqu’à 1955. Le RDA perdit une partie des ses adhérents, mais progressa. Houphouët-Boigny fut élu Grand Conseiller de l’Afrique Occidentale Française (AOF), président de l’Assemblée Territoriale de Côte d’Ivoire et maire d’Abidjan en novembre 1956. La victoire du RDA s’illustra par l’élection massive de ses membres aux élections générales de mars 1957 et devint le plus grand mouvement politique d’Afrique Noire. Après sa réélection la même année en tant que député de Côte d'Ivoire au Parlement français jusqu’en 1959, il fut nommé ministre à deux reprises dans le gouvernement français (durant la IVe République). Houphouët-Boigny participa à l’élaboration des réformes qui vont déboucher sur la décolonisation : la loi Carde et la Constitution de 1958 (Communauté Franco-Africaine). Et lorsque le pays acquit son autonomie au sein de la Communauté française, Houphouët-Boigny accéda à la présidence de l'Assemblée constituante de Côte d'Ivoire. Un an plus tard, le 30 avril 1959, il devint le premier ministre du premier gouvernement de la Côte d’Ivoire. Le 27 novembre 1959, il fut élu président de la République de Côte d’Ivoire.
 
La République de Côte d’Ivoire
Président de la nouvelle République de Côte d’Ivoire ; Houphouët-Boigny bien qu’étant proche allié de Charles de Gaulle, rompit pourtant les liens unissant son pays à la France en août 1960 et proclama l'indépendance ivoirienne :
« Je proclame solennellement en ce jour béni du sept août 1960, l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Voici arrivée pour toi, ô mon pays, mon pays bien-aimé, l’heure tant attendue… peuple de mon pays, laisse éclater ta joie, tu mérites cette joie… Tu as lutté, mais pas inutilement, puisque ta victoire, tu la connais aujourd’hui… Tu es libre, avec fierté, tu entres dans la grande famille des nations. Mais cette joie immense ne nous fera pas oublier nos morts illustres. Nous pensons à eux avec reconnaissance et nous nous inclinons avec respect devant tous ceux qui sont morts en héros au cours de notre lutte ».
 
La Côte d’Ivoire et la France, cependant, conservèrent des relations étroites (à ce qu’il paraissait) à travers la présence d'une importante communauté française, en Côte d'Ivoire, et aussi d’une base militaire française.
 
Chef charismatique du PDCI-RDA, Houphouët Boigny devint logiquement le premier président de la nouvelle République de Côte d'Ivoire de 1960 en 1993, lançant son pays sur la voie du libéralisme économique. Le régime de parti unique édifié par Houphouët-Boigny avait produit certaines retombées positives pendant les deux premières décennies de son mandat : la stabilité politique de la Côte d’Ivoire et la forte croissance économique des années 60 et 70 appelée le miracle ivoirien. Mais il imposa, trente ans durant, un pouvoir présidentiel fort, qu'il jugeait nécessaire pour maintenir l'unité nationale dans un État comptant 60 ethnies différentes. Houphouët était convaincu que le multipartisme aurait engendré la création de partis politiques sur des bases tribales, causes d’actes de violence dans le pays. Ce qui justifiait son option du parti unique. Partisan du dialogue entre États africains, il refusa, à l'intérieur, de laisser une place à l'opposition et de mettre fin au régime de parti unique.
 
En 1979, l'accueil offert à l'ex-empereur centrafricain Bokassa, éloigna du président ivoirien une grande partie de la jeunesse.
La capitale politique est transférée à Yamoussoukro en 1983. La fin des années 80 marque le, la construction de la Basilique de Yakro (inspirée du modèle de la cathédrale de Saint-Pierre de Rome), la montée de l'opposition à un pouvoir déjà affaibli par les accusations de corruption et par la crise économique. L’effondrement l’économie nationale et le mécontentement de la population par des manifestations estudiantines, des conspirations dans l’armée… contraignirent alors Houphouët-Boigny à s’incliner devant le poids de la réalité. Les faiblesses de son régime étant difficilement compensées par sa politique capitaliste paternaliste, il accepte l’instauration du multipartisme le 30 avril de la même année. Ce qui implique la construction progressive de la communauté de destin.
 
Démocratie et Remous politiques
Dès cette époque, le problème de sa succession se pose, mais le président ne laisse pas aux dauphins constitutionnels (les présidents successifs de l’Assemblée nationale) la possibilité de s’imposer. C'est notamment le cas de Philippe Yacé (1920-1998), originaire de Jacqueville (ville balnéaire près d'Abidjan). Président de l'Assemblée nationale pendant de nombreuses années, et collaborateur dévoué d'Houphouët-Boigny depuis 1941, il réprime le complot de 1963 et est longtemps considéré comme le dauphin du chef de l'État, jusqu’à sa disgrâce en 1980.
 
La même année (1990), il Houphouët-Boigny est cependant réélu à la présidence de la République pour la septième fois consécutive pour mandat de cinq ans, à l'issue des premières élections pluralistes du pays l'opposant à Gbagbo Laurent.
L’ouverture politique n’est cependant que formelle : en 1992, les principaux dirigeants de l’opposition, dont Gbabo Laurent, fondateur du Front populaire ivoirien, sont emprisonnés. Le compte à rebours de la tribalisation de la politique se met déjà en route dans les esprits.
En mars 1993, Houphouët-Boigny dut affronter une mutinerie de sa garde présidentielle. Son décès, le 7 décembre 1993 ouvrit une période de turbulences, avec notamment une scission au sein du PDCI-RDA et la répression d'un mouvement de protestation étudiant en mai 1994. Henri Konan Bédié lui succéda. L’avenir politique de son ex-premier ministre va connaître un nouveau tournant. Déjà, ses filleuls ne laissent pas voir la paix dans leur comportement, la considèrent comme un vain mot.
 

Autres liens : PDCI ; Son portrait   

 
 

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